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Une force mondiale potentielle de changement
Dans le cadre de
ses relations au reste du monde, l'UE a atteint un tournant
décisif. Les changements intervenus à la fin de la guerre
froide dans le paysage politique et économique mondial et les
nombreuses critiques portant sur les dépenses excessives et
l'inefficacité de l'aide ont contraint l'UE à examiner de près
ses relations extérieures. Tandis qu'un monde différent se
forme à l'aube du nouveau siècle, l'UE doit choisir le rôle
qu'elle souhaite y jouer.
L'Union
européenne possède un potentiel considérable lui permettant de
devenir une force significative de changement positif au plan
mondial. Ce potentiel reste toutefois à développer et les
initiatives entreprises dans le but de réorganiser le rôle de
l'UE dans le domaine du développement et de l'élimination de la
pauvreté n'ont pas atteint leurs objectifs. Le programme en
quatre points proposé par Eurostep et présenté ci-dessous
concerne les réformes politiques et institutionnelles que l'UE
devrait s'efforcer de mettre en uvre afin de réaliser son
potentiel en tant qu'acteur mondial de premier plan dans les
défis posés par le 21e siècle.
1.
Une approche claire et transparente de la politique extérieure
et de la pratique
Les objectifs
politiques de la politique extérieure de l'UE doivent être
clarifiés. A cette fin, l'UE devrait produire :
q
un programme commun pour la politique extérieure - établissant
les objectifs de l'UE en ce qui concerne les relations
extérieures au 21e siècle. Ce programme devrait comporter un
engagement ferme en faveur de l'élimination de la pauvreté qui
constitue l'objectif principal de cette coopération.
q
un cadre exhaustif concernant la politique extérieure de l'UE
- qui accorde une importance égale à la politique de
développement et à la politique étrangère et commerciale.
q
une stratégie permettant à la contribution de l'UE
d'atteindre ses objectifs au plan international - qui
comporte un accord sur les rôles et les responsabilités des
gouvernements de l'UE, de la Commission et du Parlement.
2.
Une approche coordonnée de l'UE
L'UE doit
s'efforcer d'utiliser ses forces communes dans le respect des
objectifs ci-après :
q
l'élaboration politique coordonnée à l'échelon des
institutions internationales - par laquelle l'UE doit adopter
une approche concertée, forte et catégorique sur le plan de
l'élaboration politique. Les gouvernements devraient coordonner
leurs actions, parler d'une seule voix et promouvoir des
politiques favorables aux populations démunies au sein du FMI,
de la Banque mondiale, de l'OMC et des Nations Unies.
q
la coordination à l'échelon des programmes - permettant
à l'UE de développer une stratégie cohérente en ce qui
concerne la coopération avec les pays en développement, au plan
de la politique et des programmes d'aide envers ces pays.
3.
Créer un espace de développement
Il importe que la
capacité de l'UE d'atteindre ses objectifs en matière de
coopération au développement soit maintenue et renforcée au
sein de la Commission et d'autres institutions. A cette fin,
q
il faut établir la convergence au plan politique - et une
stratégie réalisable afin de promouvoir la cohérence politique
au sein de la Commission et
q
il faut créer une seule Direction Générale chargée du
développement - qui devrait être renforcée et être la
principale responsable des relations que l'UE entretient avec les
pays en développement.
4.
Promouvoir l'autodétermination nationale
La déclaration
de la Commission concernant sa politique de développement place
l'autodétermination nationale et le partenariat entre l'UE et
les pays en développement au centre de son programme de
développement. L'UE doit promouvoir l'autodétermination
nationale et le partenariat par le biais :
q
de plans de lutte contre la pauvreté à l'échelon national
- en apportant un appui aux gouvernements dans l'élaboration de
leurs stratégies pour la réduction de la pauvreté et leurs
plans de développement national de manière à renforcer
l'autodétermination nationale.
q
d'un soutien à l'expression de l'opinion des pays en
développement au sein des institutions internationales - en
faisant pression pour obtenir la démocratisation des
institutions multilatérales, une transparence et une
responsabilité accrues.
q
de la création d'un environnement favorable à la société
civile - en développant des stratégies visant à promouvoir
des sociétés civiles actives et fortes dans les pays
bénéficiaires et en collaborant avec les secteurs de la
société civile, y compris les ONG et avec le secteur privé
dans l'ensemble des domaines de la coopération extérieure afin
d'atteindre les objectifs du développement.
septembre 2000
Une force mondiale potentielle
de changement
Dans le cadre de ses relations au reste du monde, l'UE a atteint un tournant décisif. Les changements intervenus à la fin de la guerre froide dans le paysage politique et économique mondial et les nombreuses critiques portant sur les dépenses excessives et l'inefficacité de l'aide ont contraint l'UE à examiner de près ses relations extérieures. Tandis qu'un monde différent se forme à l'aube du nouveau siècle, l'UE doit choisir le rôle qu'elle souhaite y jouer.
Ce document
soutient que l'UE possède le potentiel nécessaire pour devenir
une puissance mondiale oeuvrant pour le changement. Il met
également en lumière de nombreux défis auxquels nous sommes
confrontés à l'échelon mondial et identifie les atouts
considérables que l'UE peut utiliser pour relever ces défis de
manière positive. Selon Eurostep, l'UE n'a pas exploité
pleinement ses capacités et n'est pas prête à le faire au
titre des plans proposés en matière de changement. Eurostep
propose dès lors son propre plan en vue de transformer l'UE en
une force mondiale de changement profitable à tous et non pas
fondée sur ses intérêts propres.
septembre 2000
Les défis
mondiaux au 21e siècle
A l'aube de ce
nouveau siècle, nous sommes confrontés à des défis majeurs à
l'échelon mondial. Si les tendances qui se dessinent
actuellement se confirment, le monde sera divisé par une
inégalité croissante et les régions les plus défavorisées
accuseront un retard grandissant. Nos enfants vivront dans un
monde où régneront écologie dégradée, insécurité
croissante et criminalité internationale incontrôlée. Des
populations entières seront exclues de la richesse créée par
l'économie mondiale.
Le caractère
interdépendant des relations mondiales implique que les défis
auxquels les gouvernements et les individus sont confrontés au
plan mondial doivent être considérés comme les défis de
chacun. L'intégration économique mondiale pose le défi majeur
du développement au 21e siècle. La mondialisation représente
une opportunité de promouvoir la prospérité et la
compréhension au plan mondial, mais jusqu'à présent, les
avantages de la mondialisation ont été captés de manière
disproportionnée par les pays riches et les puissantes
entreprises transnationales, tandis que les pays et les
populations défavorisés sont laissés pour compte. Cette
situation a provoqué un accroissement de l'inégalité, une
exclusion économique et sociale et un écart accru au plan
des connaissances. De telles disparités accroissent
l'instabilité mondiale.
Des réformes
sont indispensables au plan des politiques et des institutions.
Il importe que les marchés mondiaux soient étayés par des
règlements mondiaux et des institutions privilégiant le
développement humain et le bien public au détriment de la
poursuite par les entreprises et les pays de leurs propres
intérêts. L'UE représente une force économique et politique
puissante qui pourrait influencer la direction prise par la
mondialisation de manière à répondre aux défis posés par le
21e siècle. L'UE a été la première à démontrer que
l'intégration régionale peut promouvoir une distribution
relativement équitable de la prospérité et de la stabilité
régionale. L'intégration régionale est peut-être la meilleure
façon pour les pays de façonner et contrôler les forces de la
mondialisation. Eurostep estime que l'UE pourrait en faire
davantage pour promouvoir et partager les bénéfices de sa
propre expérience.
Principaux chiffres de
l'inégalité mondiale, de l'instabilité et de la
pauvreté Ø
1,2 milliard de personnes environ disposent d'un revenu
quotidien inférieur à un dollar et ce nombre est en
augmentation en Afrique, en Asie du Sud et en Amérique
latine. Au total, ce chiffre a peu évolué depuis 1987.
Ø
Plus de 125 millions d'enfants, dont deux tiers sont des
filles ne sont pas scolarisés et près de 880 millions
d'adultes sont illettrés; ce chiffre est en
augmentation. Ø
40 millions d'enfants et d'adultes sont infectés par le
virus du VIH/SIDA et le SIDA est actuellement la
principale cause de mortalité en Afrique subsaharienne. Ø
Actuellement, plus d'une personne sur 280 est réfugiée,
rapatriée ou déplacée. Ø
On estime à 335 millions, soit 5 % de la population
mondiale, le nombre de personnes dont le foyer a été
détruit en 1998 par des phénomènes climatiques. Ø
Les 48 pays les plus pauvres ont vu leur part des
exportations mondiales diminuer de moitié au cours de
ces vingt dernières années. Ø
A la fin des années 1990, le cinquième le plus riche de
la population mondiale détenait : q
86 % du RIB (pour 1 % chez les plus défavorisés) q
80 % des exportations (pour moins de 1 % chez les plus
défavorisés) q
70 % d'investissements étrangers (pour 0,8 % chez les
plus défavorisés) |
La performance
face au potentiel
L'UE pourrait
représenter une considérable force mondiale de changement.
Forte de sa présence et de son influence au plan mondial, sa
position est unique au monde. Cependant, les intérêts
personnels et la poursuite d'objectifs à court terme ont dominé
la politique et la pratique de l'UE et ont permis à l'Europe et
à d'autres régions d'engranger des bénéfices économiques,
financiers et politiques disproportionnés à l'échelon mondial.
La Commission européenne et les États membres de l'UE ont en
principe reconnu la nécessité de traiter le défi mondial de
réduction et d'élimination de la pauvreté, comme le montrent
les engagements pris sur des objectifs de développement
acceptés sur le plan international. Cependant, on continue à
promouvoir un cadre politique qui dans les faits, renforce
l'inégalité, augmente la pauvreté et crée l'instabilité.
L'UE s'est engagée à promouvoir les intérêts des pays en
développement par une série d'objectifs louables du Traité
d'Amsterdam; cependant jusqu'à présent, l'UE n'a pas fait
preuve de la volonté politique nécessaire à la réalisation de
ces objectifs.
q
Les gouvernements de l'UE et les institutions mondiales
Les gouvernements
de l'UE sont des membres puissants du G8, de l'OMC, du FMI, de la
Banque mondiale et des Nations Unies. Les pays du G8, de même
que le reste de l'UE, représentent 57 % des voix au Bureau du
FMI. Pourtant, les programmes de stabilisation et de réforme de
marché du FMI et de la Banque mondiale continuent à être
conçus essentiellement pour encourager la croissance, avec
quelques mesures politiques complémentaires pour faciliter une
distribution plus équitable des revenus. Les demi-mesures qui
visent à soulager les pays les plus pauvres du monde de leur
insupportable dette ne parviennent pas à atteindre l'effet
désiré. Eurostep estime que le rôle de l'UE, par le biais des
gouvernements des États membres, est d'imposer au FMI et à la
Banque mondiale de fixer comme priorité à court terme la
réduction de la pauvreté et une croissance équitable dans
leurs macro-programmes et programmes de réforme structurelle. La
réforme des structures gouvernementales des institutions
internationales fait partie intégrante de ce processus afin que
les pays du monde entier y participent de manière plus
équitable.
q
Politique commerciale
L'Europe
constitue le plus grand marché pour les importations
venant des pays en développement et ses exportations dans les
pays en développement s'élèvent à plus du double des
exportations des États Unis, du Japon et du Canada réunis[i].
Malgré le fait que l'UE continue - quoique de manière
faiblissante - à résister aux attaques américaines contre la
politique d'importation de bananes, sa politique commerciale a
systématiquement privilégié ses intérêts propres par rapport
à la promotion du développement durable. La Politique Agricole
Commune[ii] et
la Politique Commune de la Pêche[iii] qui
servent ses propres intérêts, les délais de suppression
progressive de l'accord multi-fibre[iv] et
le démantèlement des dispositions commerciales
préférentielles non réciproques avec les pays ACP en faveur du
libre- échange sur base des accords régionaux conclus avec
l'Europe[v] en sont la
démonstration. Selon Eurostep, l'EU doit réformer sans attendre
ces politiques et ces pratiques pour s'efforcer de réaliser les
objectifs de la coopération au développement.
q
Politique étrangère
La politique
étrangère de l'UE ne parvient pas à aborder les défis
mondiaux de la réduction de la pauvreté et de l'insécurité.
L'UE accorde une importance excessive aux menaces qu'elle
perçoit chez ses proches voisins. Alors que cette tendance est
inévitable, elle est poussée à l'extrême et s'exerce aux
dépens de la construction d'une politique étrangère globale[vi].
D'autres objectifs ont été neutralisés par son échec à
orienter une politique étrangère et de sécurité vers les
causes profondes et la prévention des conflits, avec pour
résultat un manque permanent de cohérence entre les objectifs
politiques, de développement et humanitaires. Compte tenu du
fait que la Commission est responsable des ressources et des
instruments nécessaires à la mise en uvre de la politique
étrangère de l'UE, les priorités de la PESC ont été un
facteur déterminant pour l'orientation de la politique
extérieure de la Commission européenne.
q
Dépenses consacrées à l'aide
L'UE fournit 60 %
de l'aide mondiale, en considérant le programme multilatéral
géré par la Commission et les programmes bilatéraux propres
des États membres. Par l'intermédiaire de la Commission, la
Communauté européenne (CE) est le deuxième donateur
multilatéral le plus important et consacre annuellement à
l'aide quelque 6,8 milliards d'euros. Il s'agit également du
plus grand donateur d'aide humanitaire au monde. Cependant,
l'aide de la CE est de plus en plus souvent dirigée vers les
régions et les pays qui ont un intérêt politique et
économique pour les États membres de l'UE, plutôt que vers les
régions les plus défavorisées et les moins développées du
monde. Ce changement au niveau des priorités dans l'attribution
des dépenses se manifeste par le fait qu'en 1987, les quatre
premiers bénéficiaires de l'aide européenne étaient
l'Éthiopie, l'Inde, le Soudan et le Sénégal. En 1997, les
premiers bénéficiaires étaient le Maroc, l'Égypte, les
Balkans et la Tunisie[vii]. Malgré la promesse du
Traité d'être particulièrement attentif aux pays les plus
pauvres du monde, la part de l'aide allouée aux pays les moins
développés est tombée de 75 % en 1987 à 51 % en 1997[viii].
Les dépenses en aide humanitaire de la CE suivent une tendance
similaire. En 1999, le budget de l'aide humanitaire de la
CE attribué au Kosovo et aux conséquences durables du
précédent conflit en ex-Yougoslavie a été le quadruple du
budget consacré à l'Afrique[ix].
q
Qualité de l'aide
Le programme
d'aide multilatérale de la CE est largement critiqué pour son
inefficacité. Un rapport récent de la Commission répertorie
près de 2,000 projets d'aide superflus, pas terminés ou mis en
veilleuse[x]. En 1998, la CE n'est
pas parvenue à dépenser les 37 % (980 millions d'euros) du
total de l'aide prévue au budget de l'UE pour financer les
accords régionaux de coopération[xi].
Ces retards importants résultent d'une bureaucratie tatillonne
à la Commission qui s'est développée en réponse à la
tentative des États membres de protéger leurs intérêts
propres en intervenant dans les processus décisionnels à
différents niveaux et en examinant minutieusement les
propositions. Ces retards ont également pour cause
l'insuffisance du personnel affecté à la gestion des programmes
à la Commission. Ces dix dernières années, les programmes
d'aide gérés par la Commission ont triplé car les États
membres ont introduit de nouvelles régions, en particulier le
Bassin méditerranéen, l'Europe centrale et orientale et des
pays de l'ex-URSS. Par conséquent, le programme s'est étendu
géographiquement pour couvrir toutes les régions du monde. Les
effectifs de personnel, cependant, n'ont même pas doublé. Des
évaluations récentes ont permis de souligner les problèmes qui
en ont découlé et un grand nombre de projets bénéficiant du
soutien de la CE ont été identifiés par des ONG[xii], des professeurs d'université et les médias
comme mal gérés, inopportuns, voire dangereux. Néanmoins, les
services possédant un personnel compétent et innovant, ont su
mener des programmes progressistes axés sur la pauvreté, mais
ces derniers sont entravés par le manque d'effectifs. Le profil
de compétence du personnel de la Commission a été reconnu
comme une faiblesse particulière du programme d'aide. Des
évaluations du CAD ont identifié un manque aigu de compétences
dans les domaines du développement participatif, des questions
relatives à l'égalité des chances, à la santé, à
l'enseignement, à l'environnement et aux sciences sociales.
q
Incohérence des priorités politiques
Au fil des
années, la politique extérieure de l'UE s'est développée par
étapes et est à présent confuse, désordonnée et mal
coordonnée. À mesure que les gouvernements de l'UE identifient
de nouveaux défis mondiaux, ils élaborent de nouvelles
politiques sans modifier celles qui existent ou adapter leurs
modalités d'application. Les approches face aux différentes
régions sont dans une large mesure liées à des politiques
spécifiques dérivant des intérêts spécifiques de l'UE pour
cette région. Par conséquent, l'UE ne possède pas de
stratégie claire et cohérente en vue de l'élimination de la
pauvreté, ni de politique extérieure explicite qui permettrait
de la bâtir. Ceci a empêché l'UE d'établir un cadre pour la
politique extérieure intégrée permettant d'inclure la
totalité de ses instruments et de ses ressources politiques.
Dès lors, tandis que l'UE incorporait les objectifs de la
politique de développement dans les changements du Traité de
Maastricht, la volonté politique de les atteindre a manqué tout
comme la possibilité de les mettre en pratique.
Les plans du
changement
L'UE a lancé
deux initiatives distinctes pour 1) améliorer la qualité et la
portée de sa politique de développement et 2) améliorer la
performance de l'aide communautaire. Au mois de mars, la
Commission a adopté les lignes directrices de la politique
commune en matière de développement et les ministres de l'UE
chargés du développement doivent adopter une déclaration sur
la politique commune de développement au mois de novembre.
Au mois d'avril, la Commission a fait part de son intention de
réformer la gestion de son programme d'aide extérieure. Ils
sont tous deux décrits ci-dessous. Ces deux initiatives sont
accueillies avec enthousiasme. Elles permettent de résoudre de
nombreuses difficultés pratiques entravant l'efficacité du
programme d'aide. Toutefois, elles ne comportent pas de vision
ambitieuse et explicite et ne permettent pas d'établir en quoi
les mesures politiques et commerciales ne permettent pas
d'atteindre les objectifs fixés dans le domaine du
développement durable et de l'élimination de la pauvreté. Les
gouvernements de l'Union, la Commission et le Parlement devront
faire des choix politiques difficiles si l'Union souhaite remplir
son rôle de force mondiale favorable au changement positif.
| Communication
de la Commission sur la politique de développement commune Critique Une
approche intégrée : L'approche
intégrée adoptée dans la Communication sur la
politique de développement commune est accueillie avec
enthousiasme et la description des environnements
politiques favorables et défavorables à la réduction
de la pauvreté l'est aussi. Toutefois, ce document ne
permet pas d'identifier de façon adéquate les causes de
l'inégalité économique mondiale et sociale, ni la
manière dont la politique existante, qu'elle soit
multilatérale, européenne, régionale ou nationale,
contribue à accroître la pauvreté et à bafouer les
droits fondamentaux des populations à l'échelon
mondial. En conséquence, elle ne permet pas de tirer des
conclusions claires, ni de développer le lien existant
entre les problèmes qui ont été identifiés, les
changements politiques et les lignes d'action qui
permettent de les résoudre. Promouvoir l'autodétermination véritable : Promouvoir
l'autodétermination véritable par les pays en
développement de leur propre processus de développement
est un facteur de réussite indispensable. Par
conséquent, l'importance accrue accordée par les
donateurs à cet aspect est accueillie avec enthousiasme.
Cependant, la véritable autodétermination ne signifie
pas que les pays en développement définissent seuls
leur propre programme national, ni qu'il leur est
attribué un rôle central s'agissant de la coordination
des contributions des pays donateurs.
L'autodétermination implique également qu'une
importance accrue soit accordée à la création d'un
environnement pour le pays et, par conséquent, qu'il
soit davantage tenu compte de l'opinion de ces pays à
l'échelon décisionnel au sein des institutions
internationales telles que la Banque mondiale et le FMI. Cohérence politique : Il est
grand temps d'accorder davantage d'attention à la
cohérence politique. La déclaration répète
l'engagement du Traité d'Amsterdam de tenir compte de
l'incidence des politiques qui influenceront en bien ou
en mal les pays en développement. Celle-ci est affaiblie
par le fait que l'UE « peut choisir d'aller de l'avant
en dépit de l'impact négatif potentiel indirect et non
intentionnel d'une politique sur les pays en
développement ». En cas de conflit d'intérêt, il
n'existe pas d'échelle permettant d'évaluer si un
aspect politique ou commercial doit prendre le pas sur le
développement. Dans ces circonstances, il est
inévitable que les priorités politiques et commerciales
relatives aux intérêts propres de l'UE seront
considérées prioritaires. |
|
Communication
de la Commission sur la politique de développement de
l'UE Résumé La
communication de la Commission sur la politique de
développement[xiii] sera présentée aux ministres
de l'UE chargés du développement lors de la prochaine
réunion du Conseil à Bruxelles en novembre. Le Conseil
adoptera ensuite sur cette base une déclaration
politique. La communication d'intention de la Commission
est complète et souligne l'importance de la promotion de
l'autodétermination par les pays en développement
eux-mêmes et du partenariat entre l'UE et ces pays.
Elle propose de mieux intégrer les aspects économiques,
commerciaux et politiques de la coopération au
développement. Ce faisant, la Commission propose de
renforcer les liens existant entre le commerce et le
développement et de placer la réduction de la pauvreté
au cur de l'ensemble des aspects de la politique de
développement. En outre, la Commission tente de trouver
le degré maximal de cohérence entre les politiques de
développement et les autres politiques influant sur les
pays en développement. Les liens existant entre l'aide,
la réhabilitation et le développement doivent être
renforcés. Elle cherche également à adopter un cadre
de développement intégré axé sur des régions d'aide
prioritaire pour lesquelles la CE possède des
compétences distinctes, en usant d'orientations
politiques sectorielles communes. L'attention accordée
au soutien budgétaire et à la programmation sectorielle
sera accrue et la Commission propose d'améliorer la
coordination entre les programmes bilatéraux des
gouvernements de l'UE - et si possible d'employer les
procédures des États bénéficiaires. Elle vise à
améliorer la présence de l'UE et à exercer son
influence au sein des forums internationaux s'agissant de
politique de développement en assurant davantage de
cohérence entre les prises de position politique à
l'égard des pays en développement adoptées par les
institutions de Bretton Woods, l'OMC, et les autres
organismes de normalisation. Il est fait écho des
propositions de mise en uvre dans les propositions
de réforme de la gestion de l'aide extérieure décrite
ci-dessous. |
La réduction ou l'élimination de la pauvreté :
En dépit du fait
qu'il n'apparaît pas clairement que la réduction de la
pauvreté ou son élimination est l'objectif principal de la
communication sur la politique de développement de la CE, cet
engagement est accueilli avec enthousiasme. L'engagement en
faveur de la pauvreté est toutefois affaibli par différentes
clauses dérogatoires qui remettent en question l'engagement
politique visant cet objectif. Dans sa déclaration, la
Commission indique que les progrès dans l'engagement vis-à-vis
de la pauvreté est limité par la définition des priorités
politiques et les conséquences pour la distribution des
ressources financières aux régions. Tout cela permet
d'illustrer que des objectifs politiques incohérents ont été
fixés et indique un engagement teinté d'ambivalence vis-à-vis
de l'élimination de la pauvreté.
Une approche sectorielle de la distribution de l'aide :
L'importance
accordée au soutien budgétaire et à la programmation
sectorielle est bien accueillie, tout comme celle accordée au
soutien du secteur social : santé, éducation et
programmes concernant l'égalité des chances. Cependant,
l'unité développement humain et social de la DG ne compte
actuellement que 15 conseillers. Le Parlement européen, dans un
mouvement attendu, appuie l'accroissement de l'enveloppe
budgétaire dans le secteur social. Toutefois, il ne sera pas
aisé de promouvoir une programmation axée sur la pauvreté sans
disposer des capacités requises pour mener cette tâche à
terme.
La stratégie :
Bien que la
déclaration contienne de nombreuses propositions attendues, elle
ne prévoit pas les stratégies nécessaires à la mise en
pratique de ces propositions. Les ministres européens chargés
du développement ont invité la Commission à élaborer un
programme d'action visant à concrétiser la déclaration
politique, mais le programme d'action n'est qu'un élément parmi
d'autres d'une stratégie complète. Avant de pouvoir définir un
programme d'action, il est nécessaire d'établir un cadre
politique élargi définissant clairement ses objectifs et ses
perspectives. Les rôles et les responsabilités doivent être
définis; le programme d'action reprenant les objectifs et un
calendrier peuvent ensuite être élaborés.
| Proposition
de réforme pour l'aide extérieure Critique À quoi doit servir la réforme ?Une
grande partie des changements proposés permettrait de
créer un système plus efficace et moins bureaucratique
pour dispenser l'aide. Cependant, compte tenu de
l'absence d'une stratégie basée sur un cadre clair et
cohérent de politique extérieure, les réformes
risquent de ne pas parvenir à mettre en exergue l'aspect
pauvreté du programme d'aide extérieure. La
majorité des problèmes actuels résultent de la
protection constante par les États membres de leurs
intérêts propres. Bien que cette situation soit
compréhensible, elle conduit à la quasi toute-puissance
des intérêts internes et laisse peu de place à des
politiques fondées sur d'autres types de motivations. Pas de référence à la pauvreté : La
proposition de réforme ne fait aucune mention du terme
"pauvreté" si ce n'est pour répéter qu'elle
représente un défi mondial majeur. Elle précise
cependant que "dans les relations extérieures,
l'objectif politique clé est d'assurer une Europe stable
et élargie ayant une voix plus forte dans le
monde". Cette formulation révèle la confusion des
objectifs politiques de l'UE et montre également à quel
point la priorité à la sauvegarde d'une Europe
"forteresse" se mesure au traitement des
affaires mondiales. Améliorer la cohérence entre les Commissaires responsables de la politique extérieure : La
réforme reconnaît qu'il est nécessaire de disposer de
mécanismes permettant d'améliorer la cohérence
de l'approche et de l'organisation entre les quatre
Commissaires et les DG chargés de la politique
extérieure. Elle propose de renforcer le rôle et la
responsabilité des Commissaires aidés par un Groupe de
Soutien Qualitatif interne pour vérifier la cohérence
et logique politiques. Cependant, une approche du type
"liste de contrôle" de la cohérence ne
garantira pas que le développement ne sera pas oublié
face aux priorités politiques décidées par les
gouvernements de l'UE au titre de la PESC ou dès lors
qu'il s'agit de maintenir la politique commerciale
profondément protectionniste de l'UE. |
|
Proposition
de réforme de la gestion de l'aide extérieure de la CE Résumé
Les
objectifs de la réforme[xiv] sont d'accélérer la délivrance de
l'aide, de rehausser les normes et d'augmenter l'impact
du programme d'aide de la CE. L'accord d'ensemble sur la
réforme vise également à améliorer la gestion et la
responsabilité du programme dans son ensemble. L'accord
sur les propositions comporte ainsi les ressources
correspondant aux activités essentielles par un budget
basé sur les activités (ABB) et une gestion basée sur
les activités (ABM). Les décisions seront prises par le
personnel responsable des activités pour éviter une
bureaucratie laborieuse. Il y aura une réunification du
cycle de projet et une interface entre le personnel
impliqué dans l'organisation et la mise en uvre
sera créée. Il est proposé que 80 % des
programmes d'aide externe de l'UE soient gérés par un
bureau d'assistance externe de l'UE, mettant fin au
système actuel où les projets sont identifiés par les
directions de la Commission et mis en uvre par le
Service commun des relations extérieures (SCR). La
proposition de réforme suggère de passer des bureaux
d'assistance technique sous-contractants qui sont
des entreprises privées onéreuses à des solutions plus
décentralisées gérées par le Bureau d'assistance de
l'UE. La réforme prévoit de décentraliser les
décisions et l'administration aux délégations de l'UE
afin de renforcer l'autorité et la flexibilité de
l'opération. Les membres de la Commission dont le
portefeuille couvre les relations extérieures auront un
rôle plus important à jouer en ce qui concerne le
contrôle de la cohérence politique et de l'adéquation
entre politiques et normes. À cette fin, le groupe
"RELEX" des membres de la Commission doit
pouvoir s'appuyer sur un groupe de soutien qualitatif
interne. |
Maintien d'une structure hybride illogique :
La structure
hybride qui répartit le travail entre les services
géographiques et thématiques sera maintenue. Cela signifie, par
exemple, que le Commissaire Nielson est théoriquement
responsable des efforts de développement en Amérique centrale,
tandis que les relations de la CE avec l'Amérique centrale
resteront sous la responsabilité du Commissaire Patten. Les
fonctionnaires responsables de la politique commerciale de la CE
avec les pays en développement resteront également à la DG
Commerce, plutôt que d'être transférés à la DG
Développement. Une telle structure diminue la compétence
globale et l'influence de la DG Développement dans les matières
qui affectent le développement. Le plan de réforme transférera
en fait d'autres fonctions de la DG Développement. L'Unité
Développement humain et social, par exemple, sera réduite de
moitié de son effectif actuel de conseillers, étant donné que
le personnel est détaché pour être transféré au nouveau
Bureau d'assistance de l'UE. La DG Développement est à ce point
affaiblie en ce qui concerne ses compétences que certains
prédisent qu'elle aura disparu avant la fin du mandat de la
Commission actuelle. Ceci mènerait inévitablement à la
suppression d'un poste de Commissaire chargé du développement
dont les responsabilités étaient indépendantes des lignes
d'action politiques et commerciales. Si ce scénario se confirme,
il n'y aurait pas de compétence institutionnelle distincte au
sein de la Commission pour élaborer des politiques de
développement ou des stratégies pour un programme orienté sur
le développement. Qu'adviendrait-il du développement? Il ne
serait pas opportun que les tâches attribuées à la DG
Développement soient transférées au Bureau d'assistance de
l'UE car il s'agit d'un service technique. Le transfert de la
politique de développement à la DG Relations extérieures
entraînerait inévitablement la coopération au développement
à devenir un instrument de priorités politiques extérieures.
Sans la DG Développement, l'absence d'intérêt spécifique pour
les politiques de développement qui en résulterait serait
aggravé par la disparition quasi certaine de la Commission
Développement du Parlement européen et du Conseil de
Développement en tant qu'entités séparées.
Profil du personnel :
Les propositions
de réforme ne font pas référence au type de personnel requis,
bien que ceci constitue un aspect crucial de la réussite des
réformes proposées. Les projets de réforme de
décentralisation des décisions et de l'administration aux
délégations de l'UE renforceront l'autorité et la flexibilité
de l'opération, mais seront bénéfiques uniquement si la
compétence des délégations est renforcée par un personnel
adéquat. Dans le cas contraire, une simple réorganisation ne
permettra pas de résoudre les problèmes existants. Le personnel
des délégations ne devrait pas comporter davantage de
bureaucrates, mais des personnes possédant des compétences
adéquates pour la mise en uvre de la politique de
développement de l'UE.
Approche basée sur les projets pour l'apport de l'aide :
Les propositions
de réforme montrent une intention sérieuse de créer une
interface entre le personnel impliqué dans l'organisation et la
mise en uvre. 80 % des programmes d'aide extérieure de la
CE seront gérés par le Bureau d'assistance de l'UE, mettant fin
au système actuel par lequel les projets étaient identifiés
par les directions de la Commission mais mis en uvre par le
Service aux Relations extérieures (SCR). Le nouveau Bureau
d'assistance de l'UE peut élaborer une approche plus efficace
pour mettre en uvre l'aide de la CE. Cependant, sa
capacité à le faire ne dépend pas seulement de la capacité et
de la compétence interne du bureau, mais de la clarté des
objectifs et de l'intention de cette aide. La supervision
politique devrait rester à Bruxelles pour assurer une cohérence
avec la politique commune de développement. La proposition de
réintégrer le cycle du projet devrait favoriser la création de
projets et de programmes d'aide davantage efficaces.
Contrairement à la Communication sur la politique de
développement toutefois, les propositions de réforme insistent
trop lourdement sur une approche basée sur les projets, dont les
limites sont à présent largement reconnues. Des projets, on est
passé aux programmes et à davantage d'intérêt pour le
dialogue politique, les programmes de placement sectoriels et les
partenariats stratégiques entre donateurs, pays bénéficiaires
et société civile. Ces programmes imposent entre autres des
revendications irréalistes en termes de capacité locale et de
coordination avec le donateur, mais les projets individuels même
s'ils sont de qualité produisent des bénéfices limités dans
un environnement politique sectoriel défavorable.
Relations avec les ONG et les organisations de la société civile :
Par ces
réformes, la gestion du financement des activités des ONG et de
la société civile dépendra du Bureau d'assistance de l'UE. La
gestion des relations avec les ONG par le Bureau d'aide de l'UE
instrumentalise le rôle de celles-ci, ignore le rôle des ONG et
de la société civile en tant que partenaires égaux et
indépendants dans le développement et leur refuse le rôle
qu'ils ont à jouer dans le dialogue politique.
Faire de l'UE
une force de changement mondial
L'Union
européenne possède un potentiel considérable lui permettant de
devenir une force significative de changement positif au plan
mondial. Ce potentiel reste toutefois à développer et les
initiatives entreprises dans le but de réorganiser le rôle de
l'UE dans le domaine du développement et de l'élimination de la
pauvreté ne permettront pas d'atteindre leurs objectifs. Le
programme en quatre points proposé par Eurostep concerne les
réformes politiques et institutionnelles que l'UE devrait
s'efforcer de mettre en uvre afin de réaliser son
potentiel en tant qu'acteur mondial de premier plan dans les
défis posés par le 21e siècle.
I.
Une approche claire et transparente de la politique extérieure
et de la pratique
Les objectifs
politiques des lignes d'action extérieures de l'UE doivent être
clarifiés. Le rôle des différentes politiques extérieures et
des programmes doit être défini et les liens existant entre les
différentes politiques extérieures doivent être établis. L'UE
devrait mettre au point :
q
Une vision commune en matière de politique extérieure
L'UE devrait
adopter une déclaration claire et complète de ses perspectives
d'avenir sous forme d'un accord inter institutionnel entre le
Conseil, la Commission et le Parlement européens et qui
établirait les objectifs de l'UE concernant les relations
extérieures pour le 21e siècle. La déclaration devrait
comporter un raisonnement spécifique et les objectifs de ses
politiques dans les domaines du développement, de l'économie,
du commerce, de l'investissement et de la politique étrangère.
La justification et l'orientation des activités extérieures, de
même que les politiques spécifiques sur lesquelles elles se
basent devraient être formulées de manière explicite.
L'élimination de la pauvreté doit être l'objectif ultime de
cette déclaration qui devrait être présentée lors de la
présidence suédoise. Dans un premier temps cependant, les
chefs d'États de l'UE pourraient, sous la présidence
française, sanctionner une déclaration de principe volontaire
sur le développement qui soulignerait la primauté des
objectifs de développement de l'UE dans le cadre des accords de
coopération et des activités avec les pays en développement.
Cette déclaration devrait comporter un engagement ferme en
faveur de l'élimination de la pauvreté comme principal objectif
de cette coopération.
q
Un cadre exhaustif pour la politique extérieure de l'UE
Un cadre
exhaustif pour la politique extérieure de l'UE, mettant sur un
pied d'égalité la politique de développement avec la politique
commerciale et étrangère, devrait également être adopté lors
de la présidence suédoise.
Ce cadre
politique devrait :
a.
définir les objectifs principaux des lignes d'action dans le
domaine de la politique extérieure de l'UE; lesquelles doivent
faire respecter la législation des Droits de l'homme et du droit
humanitaire à travers le monde, tout en renforçant le rôle des
Nations Unies en tant qu'organe suprême pour contribuer à
éviter les conflits et renforcer le respect pour les droits
élémentaires dans le monde.
b.
promouvoir une politique commune et une politique commerciale
internationale - et des mesures liées au commerce - favorisant
la réduction de la pauvreté.
c.
soutenir les initiatives de développement multilatérales pour
les entreprises qui serviront de condition préalable à la
libéralisation ultérieure.
d. faire en sorte que les gouvernements de l'UE procèdent à une annulation totale de la dette pour les pays pour lesquels cela n'a pas encore été fait.
e.
promouvoir la séparation des Cadres Stratégiques de Lutte
contre la Pauvreté (CSLP) du Point de Decision des PPTE (Pays
Pauvres Très Endettés) afin d'encourager une participation
totale et constructive de la société civile dans l'élaboration
des politiques.
q
Une stratégie sur la contribution de l'UE à la réalisation
des objectifs internationaux
Une stratégie
précise devrait être adoptée lors de la présidence suédoise
à propos de la contribution spécifique que l'UE apportera à la
réalisation des objectifs internationaux de développement, sur
base des engagements pris lors des différentes conférences des
Nations Unies. Il faut identifier les rôles et responsabilités
des gouvernements de l'UE, de la Commission et du Parlement
et dresser un plan d'action comportant les objectifs et le
programme. L'objectif et la justification des dépenses en
matière d'aide devraient essentiellement reposer sur la
pauvreté et le besoin. L'UE devrait :
a.
convenir d'un plan de dépenses national et multilatéral afin
d'atteindre un niveau d'aide de 0,7 % du PNB d'ici 2006.
b.
tenter d'obtenir que 70 % de l'aide au développement officielle
de l'UE soient consacrés à la pauvreté d'ici 2006.
c.
augmenter la proportion de l'aide de la CE en faveur de l'enseignement
de base et des soins de santé primaires.
d.
accepter de répondre aux crises humanitaires sur base de la
nécessité et non de l'intérêt stratégique ou de la
couverture médiatique.
La force de l'UE
se situe dans la somme de ses parties, mais uniquement si
celles-ci collaborent. L'UE est en outre le principal acteur
mondial tant économique que politique. Ce pouvoir ne fournit pas
seulement des perspectives mais confère également une
responsabilité à exercer au profit de l'humanité tout
entière. À cette fin, l'UE devrait s'efforcer d'utiliser ses
forces combinées pour :
q
La prise de décision dans les institutions internationales
L'UE devrait
évoluer vers une seule approche forte et catégorique de
développement au niveau décisionnel. Les gouvernements de l'UE
devraient coordonner leurs actions et transmettre un message
commun afin de promouvoir les politiques de lutte contre la
pauvreté auprès du FMI, de la Banque mondiale et des Nations
Unies et de contrebalancer la politique américaine dominante
dans les institutions mondiales. L'UE devrait profiter de son
pouvoir pour parler d'une seule voix à l'OMC afin de promouvoir
un commerce international et une politique non commerciale en
faveur de la réduction de la pauvreté.
q
Coordination à l'échelon des programmes communautaires
L'UE devrait
mettre au point une stratégie précise concernant sa
coopération avec les pays en développement tant au niveau
politique qu'au niveau des programmes d'aide envers ces pays.
Elle devrait partir d'une définition d'un accord de coopération
entre l'UE et chaque pays respectivement. Partant, les
gouvernements de l'UE et la CE devraient concentrer leurs
activités respectives d'aide sur leurs avantages comparatifs
spécifiques dans un domaine donné ou dans les pays
bénéficiaires. Ceci aurait beaucoup plus d'impact que la somme
de ses parties et serait beaucoup plus efficace pour les
gouvernements bénéficiaires.
Afin d'éviter la
toute-puissance des intérêts personnels lors de la prise de
décision de l'UE concernant le développement international, il
faut conserver et renforcer au sein de la Commission et des
autres institutions les compétences permettant l'application
efficace des stratégies en vue des objectifs de la coopération
au développement de l'UE. En outre, les déclarations sur la
nécessité des politiques de développement et leur égale
importance avec d'autres objectifs externes doivent être
soutenues par des structures politiques, administratives et de
gestion adéquates à l'intérieur des institutions de l'UE. Par
conséquent, il faut :
q
Privilégier la cohérence politique
Il faut élaborer
sous la présidence française ou au plus tard sous la
présidence suédoise une stratégie précise et réalisable afin
de promouvoir la cohérence politique au sein de la Commission,
laquelle doit renforcer l'engagement juridique en faveur de la
cohérence politique dans le Traité d'Amsterdam. À cette fin,
il faut créer un système d'évaluation permettant de juger si
une priorité politique ou commerciale doit prévaloir sur des
aspects de développement dans un conflit d'intérêt reconnu.
Ces deux initiatives devraient être accompagnées d'une
procédure formelle et rigoureuse à la Commission, qui
nécessiterait que des études d'impact de cohérence soient
effectuées dans la formulation de nouvelles politiques et
pratiques, de même que la production d'un rapport public annuel.
À cette fin, il faudrait des compétences spécifiques au sein
de la DG Développement chargée de contrôler la cohérence
politique.
q
Une seule Direction pour le développement
La DG
Développement devrait être renforcée et être principalement
responsable des relations de l'UE avec tous les pays en
développement. Cette DG devrait être chargée de la formulation
et de la mise en uvre de la politique de développement,
ainsi que de l'aspect du commerce et de la politique étrangère.
La DG Développement devrait pouvoir exprimer son avis à
égalité avec les autres DG quand les DG Commerce, DG Relations
extérieures et DG Développement formulent et mettent en
uvre une ligne d'action. Les gouvernements de l'UE et le
Parlement européen devraient accorder à la Commission le
personnel nécessaire à Bruxelles et dans les délégations pour
assurer efficacement le programme de politique d'aide extérieure
de l'UE. Les qualifications du personnel requis doivent être
évaluées par l'approche de la Budgétisation Basée sur
l'Activité proposée par la Commission et s'appuyer sur une
stratégie d'ensemble telle que décrite ci-dessus. Il faut
recruter des personnes possédant les compétences nécessaires
pour assurer un programme axé sur la pauvreté. Il faudrait
également que davantage de membres du personnel de la CE soient
compétents et qualifiés dans le domaine du développement
participatif, des approches de développement dans le domaine de
l'égalité des chances, de la santé et de l'éducation et des
sciences sociales. Les délégations devraient être en mesure de
coordonner leurs travaux de manière efficace avec les
gouvernements nationaux, la société civile et les autres
donateurs. L'UE devrait également consacrer plus d'énergie à
tirer profit des expériences de chacun dans le domaine du
développement et diffuser les meilleures pratiques.
La communication
en matière de politique de développement de la Commission place
l'autodétermination nationale et le partenariat entre l'UE et
les pays en développement au cur de son approche du
développement. L'UE doit trouver un moyen de promouvoir davantage
ces concepts de manière à ce qu'ils ne couvrent pas seulement
le programme d'aide de l'UE dans ces pays mais également le
rôle d'ensemble qu'ils jouent au sein de la communauté
internationale et de ses institutions.
q
Projets nationaux concernant la pauvreté
L'impact de
l'aide augmente lorsque les plans nationaux de réduction de la
pauvreté sont définis par les gouvernements nationaux et la
société qu'ils représentent. L'UE a longtemps soutenu la
responsabilité des gouvernements concernant l'organisation
nationale. L'UE devrait apporter une aide importante aux gouvernements
dans l'élaboration de leurs stratégies pour la réduction de la
pauvreté et leurs plans de développement national afin de
renforcer l'autodétermination nationale. L'UE devrait s'assurer
que le FMI et la Banque mondiale procèdent à une analyse
ex-ante des réformes proposées, quant à leur impact positif ou
négatif sur les personnes pauvres. L'UE devrait adopter une
approche sectorielle par le soutien de budgets nationaux
sectoriels dans les pays bénéficiaires, ce qui permettrait aux
bénéficiaires de l'aide de développer des stratégies par
larges secteurs avec une aide mieux coordonnée. La stratégie
devrait identifier les moyens par lesquels les donateurs de l'UE
pourraient se coordonner avec les gouvernements nationaux
bénéficiaires, la Banque mondiale, le FMI, les organisations
des NU et les autres donateurs, de même qu'avec le secteur
privé et les organisations de la société civile, y compris les
ONG.
q
Amplifier la "voix" des pays en développement dans
les institutions mondiales
L'UE devrait
s'employer en partenariat avec les pays en développement à
réformer les institutions mondiales et les politiques
internationales qui freinent les efforts en faveur d'un
développement durable et de la réduction de la pauvreté. À
cette fin, l'UE devrait insister sur une démocratisation des
institutions multilatérales et sur davantage de transparence et
de responsabilité. Actuellement, l'Afrique subsaharienne
représente seulement 2 % des voix au Conseil du FMI. Le Conseil
de Sécurité des Nations Unies est particulièrement peu
démocratique. L'UE devrait insister sur une réforme du Conseil
qui renforcerait la participation de l'Afrique, de l'Amérique
latine et de l'Asie. L'UE devrait apporter une aide financière
et technique substantielle pour garantir que les pays en
développement puissent participer plus équitablement aux
activités journalières de l'OMC, dans des institutions de
normalisation et aux futures négociations sur le commerce
multilatéral.
q
Créer un environnement favorable pour la société civile
L'UE devrait
mettre au point des stratégies pour promouvoir des sociétés
civiles vives et fortes dans les pays bénéficiaires. Elle
devrait chercher à collaborer avec les secteurs de la société
civile, y compris les ONG et le secteur privé, dans tous les
domaines de la coopération extérieure pour concrétiser les
objectifs de développement. Les organisations de la société
civile qui jouent un rôle important dans le processus de
développement devraient être considérées comme des
partenaires essentiels et indépendants de l'UE. L'UE devrait
encourager un dialogue politique plus large avec la société
civile et une plus grande collaboration aux programmes.
Notes
[i] Eurostat, in The European Communitys Development Policy, Communication from the Commission to the Council and the European Parliament, 26th April.2000.
[ii] p.p 13-16 Loaded Against the Poor: World Trade Organisation, Oxfam GB Position Paper, November 1999.
[iii]
La guerre de la pêche, vers des accords plus
équitables, Eurostep, May 1996.
[iv] p.p. 11-13 Loaded Against the Poor: World Trade Organisation, Oxfam GB Position Paper, November 1999.
[v] The New ACP-EU Agreement: An assessment and recommendations for implementation, Eurostep, May 2000.
[vi] A Global Foreign Policy for Europe, Eurostep, May 1996.
[vii] Inquiry on the Future of the EC Development Budget, Memorandum submitted by the Department for International Development to the Select Committee on International Development, October 1998.
[viii] Inquiry on the Future of the EC Development Budget, Memorandum submitted by the Department for International Development to the Select Committee on International Development, October 1998.
[ix] An end to forgotten emergencies? Oxfam GB, March 2000.
[x] Stephen Castle, The Independent, 29th July 2000.
[xi] EC Chapter, Reality of Aid 2000
[xii] See A Profile of European Aid: Natural Forest Management and Conservation Project, Uganda, Oxfam GB, April 1996, and A Profile of European Aid II, Northern Corridor Transport, Kenya, Oxfam GB/Kituo Cha Sheria, September 1996.
[xiii] The European Communitys Development Policy, Communication from the Commission to the Council and the European Parliament, 26th April 2000.
[xiv] Communication to the Commission on the Reform of the Management of External Assistance, 16th May 2000.
Described in Assessing Trends in EC Development Policy: An Independent Review of the European Commissions External Aid Reform Process for the Department of International Development, May 2000
Further References:
·
The Effectiveness of EC Development Assistance: Memorandum to
Inquiry, BOND (UK Platform EC NGO Network), June 2000.
·
The Effectiveness of EC Development Assistance: Memorandum to the
House of Commons Select Committee for International Development,
Simon Stocker, Director Eurostep, June 2000.
·
The Effectiveness of EC Development Assistance: Submission to the
International Development Select Committee, Glenys Kinnock MEP,
June 2000.
·
Globalisation: Submission to the Governments White Paper on
Globalisation, Oxfam GB, May 2000.
·
EU Global Player: The North-South Policy of the European Union,
Mirjam van Reisen, International Books / Eurostep 1999.
| Eurostep est une coordination
européenne d'ONGD qui a pour objectif d'obtenir que les
politiques et les pratiques de l'Union européenne et des
gouvernements nationaux européens contribuent au
développement durable centré sur les peuples. Eurostep
a produit ce document dans le cadre du processus de
révision de l'aide au développement de la Communauté
européenne et de l'intégration de la cohérence dans
les politiques de l'UE. Les perspectives exposées dans
ce document sont basées sur les expériences acquises
dans le domaine du développement par les organisations
membres d'Eurostep à travers leur engagement dans des
programmes de développement en Afrique, Asie et
Amérique latine. Ce document s'ajoute à d'autres
positions et propositions mises en avant dans des
dossiers précédents publiés par Eurostep. Ce document
a été élaboré par Oxfam GB. Les
membres d' Eurostep sont : ActionAid,
GB ; ActionAid Irlande ; CONCERN Worldwide, Irlande ;
Deutsche Welthungerhilfe, Allemagne ; Forum Syd, Suède ;
Frères des hommes, France; Helinas, Grèce ; Hivos,
Pays-Bas ; Ibis, Danemark ; Intermón, Espagne ; Kepa,
Finlande ; Mani Tese, Italie ; Mellemfolkeligt Samvirke,
Danemark ; Movimondo, Italie ; 11.11.11, Belgique ;
Norwegian People's Aid, Norvège ; Novib, Pays-Bas ;
Oikos, Portugal; Oxfam GB; Swiss Coalition of Development
Organisations, Suisse ; Terre des hommes, France; terre
des hommes, Allemagne. |
The European Union - A Potential Global Force for Change (September 2000)
La Unión Europea - Una fuerza en potencia para los cambios internacionales (septiembre 2000)
Updated on 6 December 2000
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