Négociations UE-ACP:
Objectifs et Défis pour l'an 2000
Résumé
Introduction
La coopération au développement de l'Union européenne
(UE) est sur le point d'entrer dans une nouvelle phase. En février
2000, un nouvel accord définira l'avenir des relations
en matière de politique, de commerce et d'investissement
entre l'Europe et les pays de l'Afrique, des Caraïbes et
du Pacifique. Il contribuera par ailleurs à la définition
des futures possibilités économiques pour bon nombre
de peuples parmi les plus pauvres au monde.
Pour diverses raisons, Eurostep considère que les
résultats des négociations justifient que nous soyons
optimistes même s'ils comportent par ailleurs des risques
importants pour les personnes en situation de pauvreté.
Pendant toute la durée de ces négociations, la société
civile de l'UE et des pays ACP devra exercer des pressions concertées
afin d'assurer que l'accord soit suffisamment ambitieux pour relever
les défis considérables posés par le développement
et qu'il contribue pleinement à la subsistance des pauvres
et à la réduction des risques de conflits.
Dans cet article, Eurostep présente des propositions
visant à transformer l'accord en un instrument efficace,
permettant l'élimination de la pauvreté par le biais
du développement durable et l'intégration équilibrée
des pays ACP à l'économie mondiale.
Objectifs de l'Accord
- L'objectif principal du prochain accord devrait être
la promotion de l'élimination de la pauvreté au
travers d'un développement durable comme établi
par les engagements internationaux pris à Rio de Janeiro,
à Copenhague, à Pékin et au Caire. Les résultats
des objectifs de développement CAD/OCDE devraient servir
d'instrument permettant de concentrer les efforts et de mesurer
les progrès de ces engagements internationaux.
- L'Europe et les pays ACP devraient se lancer dans une stratégie
conjointe afin de changer les règles et les politiques
de l'Organisation Mondiale du Commerce et du FMI qui excluent
les économies pauvres et vulnérables et agissent
comme un obstacle à la collaboration internationale visant
à atteindre ces objectifs.
Partenariat et Dialogue Politique
- Une Assemblée Intergouvernementale UE-ACP devrait être
établie; cette structure politique commune à l'UE
et aux ACP disposerait de pouvoirs de décision pour déterminer
le cadre de la mise en œuvre et des futures négociations
de l'accord. Des observateurs accrédités devraient
pouvoir assister aux réunions qu'elle organiserait régulièrement.
- L'Assemblée Parlementaire Paritaire devrait être
renforcée et disposer ainsi d'une plus grande capacité
à suivre et à influencer l'élaboration et
la mise en œuvre de l'accord.
- L'accord devrait comprendre une politique en matière
d'information requérant de la Commission de l'UE et des
gouvernements individuels la publication de propositions, d'évaluations
et de rapports intérimaires sur tous les aspects de l'accord.
Participation des peuples à la définition de
leur avenir
- Des procédures justifiables et transparentes faisant
participer la société civile et le secteur privé
et ayant fait l'objet d'une convention nationale pour les accords
gouvernementaux devraient être mises sur pied.
- Un mécanisme de plainte devrait être établi
afin de permettre aux individus et aux communautés affectées
négativement par une action entreprise dans le cadre de
l'accord de bénéficier d'une audition indépendante
et d'une procédure de réparation. Un mécanisme
similaire devrait exister pour les parties touchées par
les incohérences de la politique de l'UE.
- La coopération décentralisée devrait
être renforcée par son intégration plus complète
dans les programmes indicateurs nationaux et régionaux
et des tables rondes devraient être organisées entre
le gouvernement, la société civile et le secteur
privé afin de débattre des priorités nationales
et régionales pour tous les aspects de la mise en œuvre.
Commerce
Obliger les Etats ACP à appliquer les règles de
l'OMC qui bloquent les accords commerciaux de développement
avec l'UE ne peut guère se justifier.
- L'UE et les pays ACP devraient examiner une alternative aux
accords de libre échange en reprenant les éléments
positifs de ces FTA et en les combinant à d'autres considérations
en matière de développement. Il s'agirait "d'accords
de développement dans le domaine du commerce et de l'investissement"
qui ouvriraient le marché de l'UE aux produits des ACP
tout en planifiant une libéralisation progressive et partielle
des économies des ACP dans des secteurs qui pourraient
bénéficier d'une exposition graduelle à la
concurrence internationale. Cette sorte d'accord prévoirait
également une protection à long terme de secteurs
tels que l'agriculture où la libéralisation se justifie
peu ou même pas du tout. Ces secteurs devraient être
intégrés aux règles de l'OMC portant sur
les accords commerciaux régionaux (art. XXIV) en tant qu'accords
commerciaux entre régions de niveaux de développement
très différents ou dans un autre chapitre.
- L'UE doit offrir une alternative véritable qui garantisse
qu'elle n'augmentera pas ses niveaux de protectionnisme envers
les pays ACP. Il s'agirait d'un SPG amélioré, équivalent
aux préférences de Lomé IV, lié à
l'OMC.
- L'UE devrait simplifier ses règles d'origine pour les
produits de tous les pays ACP.
- L'UE et les ACP devraient agir au niveau de l'OMC afin d'étendre
le traitement spécial et différentiel actuellement
réservé aux pays les moins développés
à des pays vulnérables dépendant d'un seul
produit de base (essentiellement les petits états insulaires)
- Il faudrait chercher à obtenir une dérogation
de dix ans auprès de l'OMC pour donner le temps nécessaire
aux pays ACP pour s'ajuster.
Accords d'investissement
Des dispositions spéciales sont nécessaires pour
les pays dont les réserves en devises étrangères
sont limitées, dont les déficits actuels sont importants
et où la technologie et les connaissances souffrent de
lacunes considérables. Avec le nouvel accord, les dispositions
et l'investissement devraient se référer aux meilleures
pratiques des pays en voie de développement pour garantir
la croissance de l'économie et la réduction de la
pauvreté. Elles devraient comprendre :
- la coopération UE-ACP au niveau de l'OMC pour assurer
que les pays en voie de développement ont le droit de réglementer
l'investissement entrant afin de soutenir la capacité interne
par le biais du réinvestissement des bénéfices
ainsi que par le transfert de la technologie, le respect des besoins
locaux, la formation aux compétences et l'équilibre
de la balance des paiements.
- Une assistance technique sur la politique de concurrence et
la réglementation des investissements de même que
le suivi des pays pauvres afin que les entreprises soient effectivement
responsables et respectent la réglementation technique,
sociale et environnementale, y compris les normes en matière
de travail et d'imposition. De cette façon, il sera plus
facile d'empêcher que les investisseurs responsables se
trouvent dans une situation amoindrie à cause d'autres,
moins scrupuleux.
- L'UE et les ACP devraient convenir d'envisager l'élaboration
d'un code de conduite pour les actions extra-territoriales des
entreprises de l'UE et des ACP couvrant les droits de l'homme,
ceux des travailleurs, la protection de l'environnement et la
corruption.
Commerce et capacité d'investissement
Pour assurer une croissance permettant de lutter contre la pauvreté
et renforcer la compétitivité, il convient d'intervenir
de la façon suivante :
- Apporter une assistance à une réforme fiscale
progressive pour maintenir la capacité des états
dans le contexte de la perte des revenus provenant des tarifs
douaniers.
- Diversifier afin de promouvoir la croissance de l'industrie
de main d'œuvre et à forte valeur ajoutée .
- Investir dans le capital humain
- Etablir un équilibre dans la réforme du marché
du travail
- Organiser un développement rural durable comprenant
la réforme agraire et des mesures visant à augmenter
la productivité des petites exploitations agricoles et
à renforcer les liens avec le secteur de transformation
des produits.
- Assurer un soutien intégré aux petites et moyennes
entreprises qui génèrent un niveau correct d'emploi,
en particulier pour les femmes.
- Offrir une assurance dans le temps aux associations d'entreprises
pour développer des compétences techniques.
- Apporter un soutien aux produits commerciaux justes.
- Etablir une infrastructure économique pour assurer
un transport, des communications et une énergie efficaces.
Technologie et connaissances
A l'ère de l'information, l'accès à la technologie
est essentiel au progrès économique et à
l'intégration des pays ACP.
- L'UE peut apporter une aide directe au transfert des technologies,
renforçant de ce fait la création d'emploi, la formation
et l'administration efficace de l'état, et pourrait offrir
une assistance technique aux gouvernements ACP pour l'intégration
du transfert de technologies et de la formation aux compétences
dans les contrats avec les entreprises internationales ; les gouvernements
de l'Asie de l'Est ont assidûment négocié
ce genre d'accord.
La prochaine convention devrait comprendre un programme de transfert
de compétences afin de compléter les efforts visant
à établir une infrastructure technologique dans
les pays ACP ainsi qu'un programme de soutien à la formation
en technologie de l'information comprenant la formation de compétences
et l'enseignement du troisième cycle.
- L'UE et les ACP devraient coopérer au niveau de l'OMC
afin de demander une révision complète des Droits
de Propriété Intellectuelle liés au Commerce
(TRIPS) et de l'impact des coûts augmentés de la
technologie au travers d'une protection étendue des brevets,
notamment dans les pays en voie de développement.
Développement social et Intégration
La qualité et l'efficacité des programmes doivent
être améliorées dans le prochain accord par
le biais des mesures suivantes :
- Un engagement à augmenter l'investissement dans les
secteurs de la santé et l'éducation lié à
la réalisation des objectifs internationaux de développement.
Les secteurs sociaux clefs comme la santé élémentaire
et l'enseignement primaire devraient jouir de ressources spécifiques
; le gouvernement bénéficiaire devrait par ailleurs
être prêt à contribuer à cette fin par
ses propres moyens. Cette orientation devrait faire l'objet d'une
négociation dans le cadre d'une politique budgétaire
cohérente et unique.
- La question de l'égalité entre les sexes devrait
être intégrée dans les aspects politiques,
économiques et sociaux du prochain accord et renforcer
la formation à la problématique hommes - femmes.
- Un ensemble de mesures de soutien tangibles visant à
l'autonomisation des femmes par l'amélioration de l'alphabétisation,
l'accès à l'enseignement primaire, les soins de
santé élémentaire et ceux portant sur la
reproduction, de préférence au travers de programmes
d'assistance.
- L'UE et les ACP doivent augmenter leur capacité à
transmettre des compétences suffisantes dans le domaine
social et dans celui de la rationalisation des questions hommes
- femmes.
- Des mécanismes doivent être élaborés
pour que les politiques de l'UE évitent d'entrer fortement
en contradiction avec celles portant sur l'assistance par le biais
d'une coordination renforcée.
Construction de la Paix et Prévention des Conflits
Le prochain accord UE - ACP devrait fortement contribuer à
la prévention des conflits et à l'établissement
des enjeux de la paix au moyen :
- Du soutien aux gouvernements ouverts et responsables pour
éviter leur effondrement. Ce domaine est délicat,
mais il pourrait comprendre une aide lors de la réforme
constitutionnelle et l'établissement des droits minima
là où la société civile intercommunale
est activement impliquée.
- De l'encouragement de la participation active de la société
civile et du secteur privé des ACP à tous les aspects
de la programmation régionale et nationale. Les organisations
de la société civile qui peuvent établir
des liens avec l'ensemble de la société et favoriser
la représentation - en particulier celle des femmes - ou
les droits de l'homme sont particulièrement importantes
pour prévenir les conflits.
- De la promotion de modèles de développement
plus inclusifs qui stimulent une croissance fondée sur
l'égalité, la réduction de la pauvreté
et la prévention des conflits. En même temps, l'UE
pourrait établir une base de pratiques entrepreneuriales
acceptables pour les entreprises européennes qui opèrent
dans des régions de conflit (en général dans
le domaine des minéraux, du pétrole et du bois de
construction)
- De la mise en œuvre par les Etats membres de l'UE de
leur code de conduite sur le contrôle des armes comme convenu
au Sommet des Chefs d'Etat en juin 1998 et de l'adoption de cette
approche vis-à-vis des fora internationaux en collaboration
avec les pays ACP.
- De la promotion de l'intégration régionale sur
la base de la création d'un dialogue politique et d'une
intégration économique à un rythme qui rassemble
les pays au travers d'un intérêt commun.
- De l'intégration de l'évaluation de l'impact
des conflits dans le travail de la DG VIII et du service commun
ainsi que du renforcement de la coopération avec ECHO.
Financement de l'Accord
- L'UE devrait réserver un pourcentage minimum de ses
fonds pour l'Agenda 2000 à des pays classés dans
la catégorie de développement humain limité
et à ceux définis comme pays vulnérables
en raison d'une dépendance envers un produit de base unique
d'exportation et de populations de degré réduit.
- L'UE et les ACP devraient convenir d'un niveau suffisant de
ressources pour contribuer de façon significative et proportionnée
à la réalisation des engagements commerciaux en
matière de développement. Ces fonds ne devraient
pas venir tout simplement de financements recyclés de FEDER.
- Pour accélérer le processus d'approbation, les
bureaux locaux doivent avoir un certain degré de pouvoir,
les procédures doivent être simplifiées et
le personnel suffisant doit être engagé.
© Eurostep.
Please address comments to [email protected]